Méditation du dimanche de Pâques

Chers frères et sœurs, le Christ est ressuscité. Alléluia, alléluia. Il est sorti vivant du tombeau.
Nous célébrons aujourd’hui, la plus grande fête chrétienne. Pâques est le noyau de notre foi. Comme dit l’apôtre Paul, si le Christ n’est pas ressuscité, vide est la prédication chrétienne et vaine est notre foi ( 1 Cor 15, 12-14). A supposer qu’après sa mort et son ensevelissement, il fût demeuré prisonnier de la tombe et le corps putréfié ; les disciples se seraient dispersés en sortant subrepticement de leur cachette comme les disciples d’Emmaüs pour rentrer chez eux et reprendre leurs activités d’antan. L’histoire n’aurait rien retenu de lui comme de beaucoup d’autres héros ou leaders qui disparaissent avec le souvenir de leurs œuvres. Mais il est ressuscité et est apparu à tous les témoins que nous allons écouter pendant toute la période pascale ( 1 Cor 15, 3-8). La résurrection même comme fait a dépassé ces témoins, car elle est un mystère. Elle est différente de la revification du corps comme ce fut le cas chez le fils de la veuve de Naïm (Lc 7, 14-15), la fille de Jaïre (Lc 8, 54-56), chez Lazare (Jn 11, 44)…
L’évangile nous donne l’expérience des premiers témoins. Une femme, Marie Madeleine, s’est rendue au tombeau de bonne heure le premier jour de la semaine, autrement dit pour accomplir le devoir rituel de l’embaumement du corps qui n’a pas eu lieu à cause de la mort imprévue et du sabbat. Saint Jean mentionne qu’il faisait encore sombre, autrement dit, les ténèbres couvraient encore le monde : ténèbres du péché et ténèbres de la mort. La résurrection apparait comme une lumière. La première remarque, c’est que la pierre qui fermait la tombe a été roulée de côté. Le premier témoignage est donc le tombeau vide. Tout pouvait traverser la tête de Marie Madeleine sauf l’idée de la résurrection. Le premier reflexe est de courir rapporter aux disciples. C’est ici que l’on constate que Marie Madeleine ne devrait pas être seule, car elle va utiliser dans son reportage le pronom personnel à la première personne du pluriel, « nous » : « On a enlevé le corps du Seigneur et nous ne savons pas là où l’on a mis ». Matthieu pour rapporter le même événement parle de deux Marie : Marie de Magdala et l’autre Marie (Mt 28, 1) que Luc précise qu’il s’agit de la mère de Jacques (Lc 24, 9), probablement futur évêque de Jérusalem, cousin du Seigneur, martyrisé en 62 d’après l’historien Joseph Flavius. Marc mentionne aussi Salomé, mère de Jean et Jacques, femme de Zébédée. C’est clair pour ces femmes qu’il n’a pas suffi pour les détracteurs de tuer leur Maître, ils ont encore emporté son corps vers une destination inconnue. Si c’était chez nous, on devrait penser à la vente des organes ou à l’usage des parties du corps pour des pratiques occultes.
Tout de même, la nouvelle arrache le courage de deux apôtres : Pierre et Jean. La nouvelle de la résurrection met les personnes en émotion et en motion. Les femmes ont couru pour la leur annoncer et c’est avec la course que les deux apôtres vont se rendre au tombeau. Pierre n’avait pas assisté à la sépulture, car il avait pris la clé des champs dans la cour du grand-prêtre quand c’était devenu plus fort que lui. Jean, cependant, avait suivi la passion jusqu’au bout. D’où il connaissait certainement l’endroit où l’on avait enterré leur Maître. C’est peut-être la raison qui le fait précéder Pierre en courant plus vite. Cependant, on a toujours interprété sa rapidité dans la course par le fait qu’il était plus jeune que Pierre. Mais arrivé près de la tombe, il s’est arrêté au lieu d’entrer. On a parfois aussi interprété qu’il respectait le rôle de Pierre comme la tête parmi les apôtres. J’ai une autre interprétation. C’est la peur qui l’aurait empêché d’entrer aussitôt dans la tombe. Les jeunes sont très rapides et très vivaces, mais ils sont en même temps animés d’une grande peur, qu’ils masquent avec leur vivacité. Quand Pierre entre dans la tombe, Jean le suit. Il souligne qu’il n’a pas douté que le Christ est ressuscité, il leur avait annoncé plusieurs fois. Mais la preuve matérielle, c’est que si le corps avait été emporté comme pensaient les femmes, les linges auraient aussi été emportés avec lui. On se souvient que lorsque Lazare est sorti du tombeau, les bandelettes avec lesquelles on l’avait attaché étaient encore sur lui. Ici non seulement les linges ont été défaits mais aussi ils ont été bien rangés. Saint Jean se serait souvenu que son Maître aimait beaucoup l’ordre et a lu dans ce doigté sa trace. La vue du linge bien rangé l’a sorti des ténèbres de l’incroyance et de l’ignorance pour le conduire à la foi. Si saint Jean fait cette description avec des preuves, c’est qu’il se trouvait encore des personnes qui doutaient, probablement en brandissant l’hypothèse que Jésus aurait été enlevé comme pensaient les femmes. Dans une société où la parole de la femme ne comptait pas, on voit aussi que si leur expérience est mentionnée dans les évangiles, c’est pour attester de la véracité de la résurrection du Christ mais aussi de son étrangeté. Jean décrit la résurrection comme une lumière qui sort les disciples des ténèbres de l’incompréhension: « Jusque-là, les apôtres n’avaient pas encore compris que d’après les Ecritures, il fallait que le Christ ressuscite des mort ». Cet événement a ouvert leur intelligence et ils ont compris tout ce que le Christ leur a enseigné avant sa mort. Il avait mis les juifs au défi que s’ils détruisent le temple, il va le reconstruire en trois jours. Les apôtres ne comprenaient pas qu’il parlait du temple qui est son corps. Il avait prédit qu’il sera élevé comme le serpent de bronze dressé par Moïse au désert afin que quiconque aura été mordu par un serpent et regarde ce serpent de bronze obtienne la guérison. Sa croix est devenue aussi un objet de guérison pour les pécheurs, car le péché darde plus que le venin du serpent. Nos consciences en sont témoins. Le soir de la résurrection, Jésus va lui-même éclairer les apôtres d’Emmaüs sur le sens des Ecritures. L’autre preuve est que cette résurrection va transformer profondément la vie des apôtres. Des peureux enfermés qu’ils étaient, ils vont devenir des téméraires prêts à tout perdre pour défendre la cause de leur Maître. Nous découvrons Pierre, qui l’avait trahi par peur dans la première lecture, engagé une démarche qu’aucun juif ne pouvait engager. Il est dans la maison d’un centurion romain, autrement dit, d’un païen pour annoncer la Bonne Nouvelle. Le récit de la résurrection manifeste la lumière qui jaillit des ténèbres et resplendit dans nos cœurs pour faire briller la connaissance de la gloire de Dieu qui est sur la face du Christ (Cf 2 Cor 4, 6). Ce franchissement presque miraculé pour Pierre, puisque de sa propre volonté il n’aurait pas entrepris cette mission si l’Esprit Saint ne l’avait soutenu, l’amène à une découverte et une conviction qu’il confesse : « Je comprends que Dieu ne fait pas de différence entre les hommes » (Ac 10, 34). Les juifs croyaient que le salut de Dieu les concernait seul, peuple élu. Mais Pierre après avoir annoncé la Bonne Nouvelle chez Corneille, avec pour centre la résurrection du Christ a vu la transformation qui s’est opérée sur Corneille et sa famille a changé de conviction. L’Esprit Saint est descendu sur eux de la même manière que sur les apôtres le jour de la Pentecôte. Pierre a donc été forcé par le fait même de baptiser toute la famille au nom de Jésus. Ce sont les premiers païens à entrer dans l’Eglise. La résurrection, comme nous l’avons dit au départ, devient ainsi le noyau de la prédication chrétienne, autrement dit si vous l’enlevez, la prédication sera vide de sens. Si quelqu’un dit qu’il est chrétien et ne croit pas en la résurrection, il se contredit. Par ricochet la foi en la résurrection a aussi des incidences éthiques sur la vie du croyant comme nous exhorte saint Paul dans la deuxième lecture : « Ainsi, célébrons la fête, non pas avec le vieux ferment, non pas avec ceux de la perversité et du vice, mais avec du pain non fermenté, celui de la droiture et de la vérité » (1Cor 5, 8). Pour célébrer leur Pâque, les juifs se débarrassaient des vieux levains. Ils devraient manger les pains azymes, c’est-à-dire sans fermentation avec les prémices de la moisson d’orge pendant sept jours. La fermentation pour Paul c’est le péché. Les fidèles doivent s’en débarrasser lorsqu’il fête la Pâques du Seigneur, car il s’agit d’une nouvelle naissance, d’une re-création, d’une transformation, d’un renouvellement.
Frères et sœurs, quelle incidence la Pâques a sur nous ? Réveillons-nous et sortons de nos peurs et de nos torpeurs pour porter courageusement la Bonne Nouvelle de la résurrection, comme les Saintes femmes, au monde d’entier troublé aujourd’hui par son incroyance qui aggravée par cette « tour de Babel » que nous nommons « Coronavirus ». Chacun découvre l’effondrement des systèmes où nous amènent nos apprentis-sorciers qui veulent prendre la place de Dieu.

P. Joseph Kuate, scj

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