Dimanche de la miséricorde divine

Nous célébrons ce dimanche le dernier jour de l’octave de Pâques et le dimanche de la miséricorde divine. La Pâques est la plus grande fête chrétienne. Elle est la mère des fêtes et dans l’Eglise primitive, elle durait huit jours. On appelait les huit jours « semana in albis », autrement dit, « semaine en aube ». Les néophytes baptisés la nuit pascale devaient être vêtus toute cette semaine en habit blanc et recevaient de l’évêque la catéchèse dite mystagogique, c’est-à-dire sur les mystères chrétiens. Commençant le dimanche de Pâques, la « semana in albis », appelée octave pascale, s’achève ce dimanche donc. Les huit jours ne sont pas un hasard. La durée est dictée par les deux apparitions du Christ à ses apôtres le soir de Pâques et huit jours après, comme mentionne l’évangile d’aujourd’hui. Nous comprenons ainsi comment le dimanche est devenu pour les chrétiens, le jour de la rencontre avec le Seigneur. Les juifs se retrouvaient plutôt le samedi pour les prières synagogales, car c’était le jour de repos de Dieu après avoir achevé la création. Les chrétiens ont choisi plutôt dimanche pour la simple raison que ce fut le jour de la résurrection du Seigneur et le jour où le Christ ressuscité a choisi pour rencontrer ses disciples. La résurrection est pour les chrétiens une nouvelle création, le commencement d’un monde nouveau. Avec ce monde nouveau, apparaît le ressuscité. Le texte de l’évangile combine deux apparitions : la première, le jour de la résurrection, le soir de pâques, et la seconde huit jours après. Quand le Christ apparaît à ses apôtres le soir de Pâques, la première des choses, c’est de leur souhaiter la paix. Outre que c’est la salutation habituelle des juifs, les apôtres avaient besoin de la paix. Leurs consciences avaient été troublées par les évènements tragiques dont leur Maître avait été victime mais aussi par la peur d’être découverts et de subir la même tragédie. C’est pour cela que leurs cœurs peuvent se réjouir à écouter ces paroles de paix. Ce dimanche est aussi appelé le dimanche de miséricorde divine institué par Jean-Paul II en l’an 2000 à la béatification de Sainte Faustine Kowalska qui eut une vision dans laquelle le Christ disait que « l’humanité ne trouvera jamais la paix jusqu’à ce qu’elle se tourne vers la miséricorde divine ». Le coronavirus nous force aujourd’hui à nous y tourner vraiment. L’évangile donne également sens à cette célébration de la miséricorde divine. A cette première apparition du Ressuscité aux onze, il institue le sacrement de la réconciliation et leur révèle qu’il est un Dieu miséricordieux : « Recevez l’Esprit Saint. Tous ceux à qui vous pardonnez les péchés, ils leur seront pardonnés. Tous ceux à qui vous retenez les péchés, ils leur seront retenus ». Les apôtres, en recevant eux-mêmes ce ministère de pardonner les péchés, se savent les premiers à bénéficier du pardon de leur Maître. Tous ont eu avant sa mort et sa résurrection une fausse conception de sa messianité et l’ont suivi parfois par calcul humain, car ils discutaient les postes à occuper quand il se fera roi. Judas, un des leurs l’a vendu à ces détracteurs. Ils ont tous fui quand on a mis la main sur lui et Pierre l’a renié par peur. Toutes ces fautes pesaient sur leurs consciences, les faisaient souffrir d’une forte dépression et leur empêchaient d’être en paix. La miséricorde divine devient ainsi le don qu’apporte la résurrection du Christ aux apôtres mais aussi à l’humanité entière. La puissance de la miséricorde se trouve dans le sacrement de la réconciliation. La formule que le prêtre prononce pour donner l’absolution lors de l’administration du sacrement le signifie : « Que Dieu notre Père vous montre sa miséricorde. Par la mort et la résurrection de son Fils, il a réconcilié le monde avec lui et a envoyé l’Esprit Saint pour le pardon des péchés. Par le ministère de l’Eglise qu’il vous accorde le pardon et moi, je t’absous de tes péchés, au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit ». Comme les apôtres recevant le pardon de leur Maître au soir de Pâques, nous nous sentons aussi relevés de nos fardeaux de péché quand nous les confessons sincèrement.
Ce soir de Pâques, tous n’étaient pas là. Thomas, le jumeau, toujours curieux et entêté était absent. Où était ce téméraire alors que les autres étaient enfermés par peur des juifs ? Probablement en train de chercher de quoi manger pour lui et sans doute pour tout le monde. Quand il revient tard dans la nuit, on l’informe que le Seigneur était là et il exige des preuves. Probablement, on lui aurait fourni le rapport des apparitions aux femmes, à Pierre et aux disciples d’Emmaüs. Mais rien ne l’a convaincu et à force d’insister il a exhibé lui-même ce qui le convaincrait : voir la marque des clous, toucher le côté transpercé par la lance. Ce passage est pédagogique, c’est-à-dire, il nous prépare de passer du voir, toucher et croire à entendre et croire. Saint Jean l’écrit quand la génération des témoins qui ont rencontré le Ressuscité était en train de disparaître. Après eux, les fidèles n’ont plus besoin de le voir pour croire, mais d’entendre seulement le témoignage des apôtres et croire. Le même apôtre Jean atteste dans sa Première lettre : « …ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie » (1 Jn 1, 1). Il écrit à des personnes qui n’ont pas rencontré physiquement le Ressuscité et qui sont appelés à croire en lui et à le témoigner. Probablement comme Thomas, certains exigeaient des preuves. Pierre dans la deuxième lecture a affaire aussi à la génération des fidèles qui n’a pas rencontré le Ressuscité et il a en tête la béatitude prononcée par le Christ à Thomas : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ». Le doute de ses fidèles est marqué aussi par la persécution. Le Christ a eu la même tentation au jardin des Oliviers jusqu’à prier le Père de l’épargner de la coupe, mais il s’est confié enfin à sa volonté. Devant les difficultés, le doute peut surgir dans nos cœurs comme chez le Christ et les fidèles persécutés à qui Jean adresse sa lettre : « En effet, tout ce qui est né de Dieu est victorieux du monde. Et cette victoire remportée sur le monde, c’est notre foi. Qui donc est vainqueur du monde, sinon celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ? C’est lui, Jésus Christ, qui vient par l’eau et par le sang. Pas seulement par l’eau, mais par l’eau et par le sang. Et l’Esprit est là pour l’affirmer, l’Esprit qui est vérité.» Pour nous qui sommes venus après plusieurs générations de chrétiens, croire en Jésus Christ ressuscité des morts est plus facile, car des générations de fidèles ont travaillé pour une compréhension des mystères de la foi. Il est vrai qu’aujourd’hui, il se trouve des personnes qui exigent des preuves pour croire ou qui abandonnent la foi dans les épreuves. Quand le Christ a invité Thomas à venir toucher son côté, Thomas n’a même pas bougé. Il a seulement confessé la foi avec des raccourcis : « Mon Seigneur, mon Die ». Une manière de se confesser ou de demander pardon pour son incrédulité. Une fois qu’on se sait pardonné, il faut passer au témoignage. Le témoignage amène à la foi ceux qui n’ont vu ni touché, s’il est sincère. Le Pape Paul VI écrivait dans Evangelii Nuntiandi au n° 41, « les contemporains croient volontiers plus aux témoins qu’aux maîtres et s’ils croient aux maîtres, c’est parce qu’ils sont d’abord des témoins ». Nous trouvons dans la première lecture une croissance exponentielle de la conversion ceci grâce effectivement au témoignage des premiers chrétiens. Saint Luc décrit la vie de témoignage qui était à l’origine de ces conversions et jusqu’à nos jours, le témoignage demeure le ferment de l’expansion de la foi chrétienne. Si nous modelons notre vie chrétienne sur celle de la première communauté de Jérusalem, chaque jour le Seigneur adjoindra d’autres candidats au salut. Autrement dit, si notre Eglise, si notre communauté, si notre paroisse ne font plus de nouveaux convertis, c’est à cause de l’absence de témoignage ou de la multiplication des contre-témoignages. Le témoignage se fait toujours visible même s’il est humble et simple ; il est une lampe qui ne saurait être inaperçue, il est comme du sel et ne peut ne pas donner goût. La première communauté était soutenue par quatre piliers : l’enseignement des apôtres, la fraction du pain (Eucharistie), les prières et la communion fraternelle. Le Christ disait, c’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que tous vous prendrons pour mes disciples. Les premiers chrétiens qui la composent se retrouvent au cénacle le premier jour de la semaine pour commémorer la résurrection du Seigneur et dans les maisons des membres pour le repas fraternel, l’écoute de l’enseignement des apôtres, c’est-à-dire suivre les évangiles que racontaient les témoins vivants du ressuscité que sont les apôtres. L’écoute de la parole de Dieu et l’Eucharistie nourrissent la foi qui déborde en témoignage : l’amour fraternel et le partage non seulement de l’avoir, mais aussi du pouvoir, du savoir et de l’être. Si saint Luc nous présente cette communauté, son intention n’est pas que nous la considérions comme quelque chose du passé tombée en désuétude mais plutôt comme un idéal vers laquelle nos familles chrétiennes, nos communautés ecclésiales de bases, nos paroisses, nos diocèses doivent imiter. Nous devons constamment faire un retour aux sources et un recours aux personnes ressources.
Seigneur, aide-nous à vivre la conversion au quotidien en nous nourrissant de ta Parole pour faire croître en nous les vertus d’obéissance à cette Parole, d’humilité, d’hospitalité, de charité et de repentance et pour faire grandir en nous la vie du témoignage et agréger de nouveaux candidats à ta miséricorde divine.


P. Joseph Kuate

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